Paris, le 25 avril 2016
ALERTE
A la traditionnelle circulaire de rentrée, le ministère a, cette année, publié une circulaire « Réussir l’entrée au lycée professionnel », (BO du 31 mars 2016) qui fixe les orientations à venir pour la voie pro et définit 5 mesures à mettre en œuvre pour les entrant-es en 1ère CAP et 2nde BP dès la rentrée 2016. Seule la mesure 5 pourrait apporter une amélioration à nos conditions de travail et à la formation des élèves mais avec certaines réserves…
Mesure 1 : convention de jumelage Collège/LP et collège/CFA
Les liaisons collège/LP existent déjà sous différentes formes : accueils de collègien-nes lors de mini-stages, rencontres entre enseignant-es, projets entre établissements... L’obligation de conventions va encore alourdir le travail des élu-es en CA surtout dans les secteurs très urbains où les LP recrutent leurs élèves sur une vingtaine de collèges. De plus, l'objectif est surtout d'obliger les collèges à établir des liens avec les CFA, à augmenter la concurrence entre le service public d'éducation et l'apprentissage, à augmenter la porosité entre les deux systèmes. Ces jumelages apparaissent donc comme une menace à terme, un cheval de Troie pour la fusion LP/CFA envisagée par certains.
Mesure 2 : période d’accueil et de d’intégration
Cette mesure ne constitue en rien une nouveauté comme veut le faire croire le ministère. Nombreux sont les collègues qui, lorsqu’ils/elles le trouvent justifié, organisent des activités scolaires et périscolaires pour favoriser l’entrée en seconde professionnelle des élèves.
Mesure 3 : nouveauté Affelnet, ré-affecter les élèves en octobre !
Un des enjeux importants en LP concerne l'orientation et les affectations des élèves. La DGESCO nous a enfin communiqué les chiffres plutôt alarmants :
- En 2nde Bac Pro : 28% des élèves sont affectés par défaut
- En 1ère CAP : 48% des élèves sont affectés par défaut.
Ces affectations par défaut ont des effets directs : les élèves déçus ont des comportements difficiles en classe et ne s'engagent pas rapidement dans les apprentissages. Les enseignant-es travaillent au quotidien pour les motiver à accepter cette orientation. A la marge, lorsque des places se libèrent dans les établissements voisins, les équipes (direction et enseignant-es) proposent des ré-affectations.
La circulaire de rentrée propose d’institutionnaliser ces pratiques de réorientation en instaurant un nouveau tour Affelnet d’affectation en octobre (vacances d’automne). Le ministère refuse de s’atteler à la réelle problématique de l’affectation en ne parlant que de l’orientation. Cette mesure renvoie donc la responsabilité de leur affectation aux seuls élèves. Ce n’est pas acceptable. Un jeune peut être bien orienté mais « mal » affecté faute de place.
Le SNUEP-FSU dénonce ce dispositif d’affectation de masse, non prévu pour des affectations ciblées et à la marge, qui s'oppose au travail des enseignant-es. Aucune place supplémentaire ne sera ouverte, ce qui signifie qu’un nombre infime d'élèves en bénéficieront : familles et élèves seront déçus une troisième fois. En réalité, le sentiment d'injustice très prégnant en LP risque d’être renforcé et ce sont les personnels qui seront une fois de plus confrontés aux difficultés. Pour le SNUEP-FSU revoir la carte des formations de façon à augmenter et diversifier les capacités d'accueil en seconde est la seule solution pour diminuer les affectations par défaut.
Mesure 4 : banaliser 1 semaine pour mieux préparer les élèves à leur première PFMP
Cette mesure relève d’une méconnaissance de notre métier et de nos pratiques car, évidemment, les enseignant-es préparent leurs élèves ! Si cette semaine banalisée peut être utile pour faire passer certaines habilitations aux élèves dans des secteurs précis, elle ne peut être généralisée à toutes les filières ! Pour le SNUEP-FSU, lorsque cette semaine est nécessaire, elle doit être prise sur les PFMP (légalement possible : voir circulaire PFMP N° 2016-053 du 29 mars 2016). La suppression d’une année de formation a eu des effets très dommageables sur le niveau général et professionnel de nos élèves : il n’est pas acceptable de leur spolier encore du temps de formation !
Mesure 5 : suppression des CCF en seconde (sauf en EPS)
Le SNUEP-FSU n’a eu de cesse de combattre le tout CCF et a mené de nombreuses actions en ce sens (manifestations, pétitions, interpellations…). Grace à sa détermination, le retour aux épreuves ponctuelles terminales a été obtenu pour 3 disciplines. Aujourd’hui la suppression des CCF en seconde concerne tous les PLP ! Restons néanmoins très vigilant-es : il est possible que le ministère exige des PLP la validation du socle commun de connaissances et de compétences dès la rentrée 2016 pour les élèves ne l’ayant pas validé – sans formation, sans outils et au total mépris du travail des collègues de collèges. Si cela était, le SNUEP-FSU appellera les collègues à dénoncer cette mascarade de validation du socle et à ne pas le renseigner : la certification est, et doit rester, un dispositif sérieux et fiable dans le processus d’acquisition des savoirs.
La circulaire de rentrée « générale » reprend l'ensemble de ces mesures mais elle est encore plus explicite quant à la servitude pleine et entière du ministère au dogme de l'apprentissage. Le mixage des publics y est inscrit noir sur blanc au mépris total des conditions de travail des personnels et des conditions d'études des élèves.
Ces deux circulaires ne répondent d'aucune façon aux attentes des PLP et aux besoins des jeunes. Le gouvernement, le MEDEF, des régions, et des parlementaires attaquent frontalement la voie professionnelle sous statut scolaire, allant jusqu'à proposer de la liquider. Le SNUEP-FSU poursuit ses actions pour que cette voie de formation, seule à même d'offrir des formations diplômantes de qualité, soit revalorisée à la hauteur des enjeux qu'elle représente pour l'avenir de tous les jeunes.
Pour le secrétariat national,
Sigrid Gerardin